Hier matin, j’ai assisté à une succession de scénettes étonnamment répétitives :
une femme, chargée de mettre en place des articles en rayon semblait prise d’une « maladressite » aigüe : ses mains échappaient tout ce qu’elle tentait de saisir ou presque. Devant l’agacement de son patron elle répondit confuse : « je ne le fais pas exprès, je suis désolée…et quand la journée commence comme ça… »
…Et quand la journée commence comme ça…
C’est peut-être que mon corps a quelque chose à me dire et que tant que je ne l’ai pas écouté, entendu…il me le répète comme ce qui me parait être un mauvais refrain…
Les mains manifestent des expressions complémentaires : elles prennent et lâchent, offrent et reçoivent, montrent et dissimulent, caressent et frappent.
Elles traduisent le début d’une activité tout comme sa fin : « mettre la main à la pâte », façonner de ses mains, puis : lâcher la main, laisser, « passer » la main (à quelqu’un d’autre). Elles évoquent aussi la puissance, voire la domination : « la main (royale) de la justice ». Elles traduisent une personnalité, une identité, non seulement dans leur forme, leur constitution-même (mains longues et fines, mains épaisses et trapues) mais aussi dans ce qu’elles peuvent produire et exécuter : la signature, l’empreinte (d’un artisan). Elles ont par ailleurs une dimension divine : l’œuvre ou « la main de Dieu ». Enfin, elles portent le sens de ma vie : Mon destin est entre mes mains, c’est moi qui le façonne.
Les mains me permettent donc d’interagir avec mon environnement : elles sont un outil dont je me sers avec plus ou moins de simplicité et de dextérité selon que je suis plus ou moins présent/e à cet environnement.
En perdant les objets que je veux pourtant tenir dans mes mains, je peux m’interroger et observer ce qui se passe en moi et dans ma vie en ce moment :
Qu’est-ce que je ne maîtrise pas ? Qu’est-ce qui m’échappe ? Qu’est-ce que je refuse de laisser partir ? Qu’est-ce que je souhaite contrôler à tout prix ? Quelle est ou, quelles sont les situations pour lesquelles je devrai lâcher prise ? Y a-t-il une action que j’ai faite, quelque chose que j’ai touché, contacté et que je n’accepte ou ne supporte pas ? Y a-t-il quelque chose que je dois accomplir et avec laquelle je suis en désaccord ?
Par ailleurs, ma gestuelle peut être ponctuellement perturbée aussi parce que consciemment, je suis tellement préoccupé/e par mes pensées que je suis presque totalement absent/ du moment présent. Je suis là de corps, mais mon esprit vagabonde dans un autre espace-temps passé ou futur.
Apprendre à observer ce que notre corps exprime, nous donne accès à des trésors d’informations, nous offre la possibilité de nous écouter attentivement et par voie de conséquence : de nous aimer en prenant soins de nous.
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